Le XIXème siècle fut la grande époque des moulins
Entre Fierville et la côte de la Ramée, la Muance actionne 17 moulins. Le site de la maison de retraite, déjà exploité au XVIIè siècle pour un moulin à papier, est équipé de trois moulins à huile de colza, très demandée pour l’éclairage. Le grand moulin à blé du Fresne, qui se dresse toujours route de Troarn, est agrandi et transformé pour cette même production.
A l’entrée de la rue de la Morte eau, le moulin Cailloué édifié en 1795 pour le papier, est autorisé pour le blé en 1813, il devint pressoir à pommes puis scierie en 1891 pour redevenir moulin à blé jusqu’en 1924, date à laquelle un charpentier charron, Mr Morin reprend l’activité de scierie et produit même des boites à fromages. Arrêté en 1924, sa grande roue subsista jusqu’en 1945. La construction de ce moulin perturba les débits et entraîna de nombreux procès.
Le moulin Cailloué : Le bâtiment existe toujours à l’entrée de la rue de la Morte Eau. Il est photographié en 1922. Sa roue était particulièrement imposante, 8 m de diamètre.
Ce moulin fut contesté pendant tout le XIXème siècle par les autres meuniers car il retenait l’eau de la rivière, noyant le moulin amont (le moulin de la Porte) et asséchant le moulin aval (le moulin de La Fontaine). Les lavandières lui reprochaient aussi de les placer dans une position plus qu’acrobatique pour nettoyer leur linge. Cette photo (collection L. Morin) représente les familles Morin, propriétaires du moulin et leur voisin Boulin, leur maison a été détruite. Echappée aux bombardements cette roue remarquable a disparu lors de la reconstruction. Le trou de son axe est encore visible dans le mur…
Le moulin de la Porte fut racheté en 1793 par la famille Planquette, Ozouf, Bellemare qui le développa en l’équipant de 3 roues en 1822 (bâtiment actuel). Dalgot supprima le 3è tournant en 1891. Un seul subsistait en 1910 quand il fut acheté par G. Saulnier (grand père de L. Morin fondateur de l’association des amis du moulin de la porte à Argences – AAMPA -) .En 1934, le moulin est racheté par M. Derniaux, son neveu G. Sicot, sera le dernier meunier, il le fera fonctionner pour écraser des graines fourragères jusque dans les années 1980 avec une turbine installée en rivière.
La municipalité acquiert ce patrimoine unique en 1999. L’association AAMPA le gère et réussit à le remettre en route en 2002. La restauration fut financée par l’Assemblée nationale, la commune et le Crédit Agricole. La roue réalisée en chêne vert par le menuisier Ph. Pichot de Moult tourne dans le vide pour le plaisir des promeneurs. Le moulin est mis en production de farine les jours du patrimoine (3ème W.E. juin et de septembre), il écrase à nouveau du blé comme il le fit pendant un millénaire.
Argences connut sa Révolution industrielle au XIXème siècle
Le développement constant de la tuilerie du Fresne : elle fut crée en 1740 puis devint « Grande tuilerie normande » en 1871. Grâce aux frères Gourmez, sa spécialité était alors les tuiles vernissées qui décorent encore nombre de villas de la côte normande et l’ancienne gare d’Argences. En partie détruite en 1944, puis par un violent incendie en 1963, elle fut .reconstruite et modernisée. Ses productions étaient alors les tuiles, les planchers précontraints, les pots de cheminée. Elle fonctionna jusqu’en 1980.
La production de perles en verre soufflé, introduite par la famille Deléan installée à Argences en 1857, rue Gourmez, se faisait avec des lampes à huile puis à pétrole permettant le travail à domicile (1200 perleuses dans la région en 1908). Elle cessa en 1930.
La construction d’une usine à gaz de houille en 1884 avec gazomètre face à la place R. Sarre, due à M. Foucault, gendre des Deléan permit l’éclairage au gaz, des bains chauds publics et le travail des perles rue Gourmez.
La desserte par voie ferrée : Argences était à l’écart de la ligne Paris Cherbourg établie en 1856. La tuilerie avait des problèmes pour transporter ses productions et faire venir le charbon également nécessaire à l’usine à gaz. La demande de desserte réclamée par le conseil municipal en 1894, ne sera réalisée qu’en 1912 par une voie allant de la Tuilerie à la gare de Moult avec arrêt à la petite gare toujours existante route de Vimont.